Nouvelles immersives
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12.08.201200:00

Le Dernier
Voyage

Nouvelle horrifique. Voyage dans le temps et apocalypse.

Une nouvelle d'Ethem

5 pages, environ 12 minutes de lecture

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Page 1Le dernier voyage

Léa avait toujours été fascinée par le temps. À vingt-six ans, cette jeune physicienne consacrait ses journées et ses nuits à construire une machine capable de voyager dans le passé. Elle voulait réparer les erreurs de l'humanité, empêcher les guerres et éviter les catastrophes qui menaçaient la planète.

Après trois années de travail, son invention était enfin prête.

Dans son laboratoire souterrain, des câbles recouvraient les murs et des lumières bleues éclairaient l'immense machine métallique. Au centre, un anneau de plusieurs mètres de diamètre vibrait en produisant un grondement sourd.

Un laboratoire souterrain plongé dans le bleu : un anneau métallique géant, traversé d'éclairs, se dresse au centre, relié aux parois par des faisceaux de câbles. Des écrans affichent « Chrono-Initiator v3.7 ».
Le laboratoire souterrain de Léa, la nuit du départ.

Léa posa ses doigts sur le clavier.

- Si je peux empêcher la catastrophe, peu importe quand… le jeu en vaut la chandelle.

Elle avait découvert, dans de vieux rapports météorologiques, une date étrange : le 12 août 2012. Ce jour-là, un événement inexpliqué avait provoqué une anomalie magnétique mondiale. Des milliers de personnes avaient disparu pendant quelques secondes, tandis que des appareils électroniques s'étaient éteints simultanément sur toute la planète.

Personne n'avait jamais compris pourquoi.

Léa programma la date et appuya sur le bouton.

Une lumière blanche envahit la pièce. L'air devint glacial. Les murs tremblèrent comme si le bâtiment était sur le point de s'effondrer.

Puis elle entendit un bruit.

Un murmure, juste derrière elle.

- Tu n'aurais jamais dû faire ça…

Léa se retourna brusquement. Il n'y avait personne.

La machine s'illumina de nouveau et un tourbillon lumineux l'aspira.

Son voyage venait de commencer.

Page 2Le monde s'effondre

Lorsque Léa rouvrit les yeux, elle gisait sur un trottoir couvert de cendres.

Le ciel était rouge sang.

Une silhouette encapuchonnée, de dos, au milieu d'une avenue jonchée de voitures en feu. Les tours sont éventrées, le ciel est rouge, un soleil écarlate se couche. Sur une façade, on lit : « Il n'y a plus de demain ».
12 août 2012, d'après le bracelet temporel.

Les immeubles s'élevaient en silhouettes noires, éventrés par des explosions. Des voitures brûlaient au milieu des rues désertes. Au loin, des sirènes hurlaient, puis s'interrompaient brutalement, remplacées par un silence presque surnaturel.

Léa se releva avec difficulté.

- Où suis-je ?

Elle consulta son bracelet temporel. La date affichée était bien le 12 août 2012.

Pourtant, la ville ressemblait à un monde après la fin de toute civilisation.

Un grondement retentit sous ses pieds.

Dans une rue voisine, une silhouette traversa la fumée. Puis une deuxième. Puis une dizaine.

Elles étaient trop grandes pour être humaines. Leurs membres, anormalement longs, se pliaient dans des directions impossibles. Leurs visages n'étaient que des surfaces pâles, sans yeux ni bouche. Pourtant, Léa sentait qu'elles la regardaient.

Des créatures pâles aux membres démesurés et griffus s'agrippent aux façades d'immeubles anciens. Leur tête lisse n'a ni yeux ni bouche. Dans le ciel, une masse tentaculaire se dessine au cœur d'un tourbillon de nuages.
Leurs visages n'étaient que des surfaces pâles.

Elle recula.

L'une des créatures tourna lentement la tête vers elle.

Un cri aigu déchira l'air.

Toutes se mirent à courir.

Léa s'élança entre les voitures abandonnées. Derrière elle, les créatures bondissaient sur les façades et rampaient au plafond des bâtiments. Leurs griffes raclaient le béton dans un vacarme insoutenable.

Elle se réfugia dans une station de métro et referma une grille rouillée.

Les pas s'arrêtèrent de l'autre côté.

Puis une voix résonna dans l'obscurité.

- Léa…

Elle se figea.

La voix venait du tunnel.

- Léa, tu es enfin arrivée.

Une silhouette humaine apparut au bout du quai.

Et lorsqu'elle leva la tête, Léa sentit son sang se glacer : l'inconnu avait exactement son visage.

Page 3La vérité

L'homme s'approcha lentement. Il portait un manteau déchiré et son visage était marqué par des cicatrices profondes. Ses yeux, cernés de noir, semblaient avoir traversé des siècles de souffrance.

Au bout d'un quai de métro, une silhouette en manteau se détache dans une lueur bleue, au fond d'un tunnel rougeoyant.
Au bout du quai, quelqu'un qui porte son visage.

- Qui êtes-vous ? demanda Léa.

- Je suis toi. Enfin… une version de toi.

Elle secoua la tête.

- C'est impossible.

- Tu as créé la machine pour sauver le monde. Mais tu n'as pas compris ce qu'elle faisait réellement.

L'homme lui expliqua que le voyage temporel ne permettait pas seulement de traverser les époques. Chaque saut fragilisait les frontières entre les différentes réalités. En tentant de modifier le passé, Léa avait ouvert une brèche entre plusieurs lignes temporelles.

Les créatures qui ravageaient la Terre venaient de cet espace déchiré.

Et elles n'étaient pas les seules à l'avoir traversé.

- Depuis des années, dit son double, j'essaie de refermer la brèche. Mais à chaque tentative, le monde recommence. La même catastrophe, les mêmes morts, les mêmes cris. Une boucle sans fin.

- Alors pourquoi ne pas détruire la machine ?

Son double baissa les yeux.

- Parce qu'elle est devenue le seul lien entre les réalités. Si tu la détruis au mauvais moment, tout ce qui existe disparaîtra avec elle.

Un grondement fit trembler les murs du métro.

Des ombres se pressaient derrière les vitres.

L'homme saisit Léa par le bras.

- Écoute-moi bien. La brèche va s'ouvrir complètement à minuit. Tu dois retourner au moment exact où tout a commencé.

- Et si j'échoue ?

Il la fixa longuement.

- Alors il n'y aura plus personne pour se souvenir que le monde a existé.

Soudain, un hurlement résonna dans le tunnel. Une créature surgit de l'obscurité et se jeta sur eux.

Le double de Léa la poussa derrière lui.

- COURS !

Ils s'enfoncèrent dans les couloirs tandis que les lumières explosaient une à une au-dessus de leurs têtes.

Page 4Le choix

Léa retrouva sa machine dans les ruines d'un ancien laboratoire, à plusieurs kilomètres de la station de métro. Son double l'avait guidée jusque-là, mais il avait disparu pendant leur fuite, emporté par les créatures.

Elle était désormais seule.

Le bracelet indiquait 23 h 47.

Treize minutes avant l'ouverture totale de la brèche.

Elle activa les commandes. L'écran grésilla, puis afficha une succession de dates impossibles : des années qui n'existaient pas encore, des siècles déjà effacés, des réalités où la Terre n'avait jamais abrité la vie.

Au milieu de toutes ces données, un message clignotait :

ORIGINE DE L'ANOMALIE : 12 AOÛT 2012, 00 H 00.

Léa comprit enfin.

Elle n'avait pas créé la catastrophe en voyageant vers le passé. La catastrophe était déjà en train de se produire. Son arrivée avait simplement accéléré un phénomène qui, autrement, aurait pu rester invisible pendant des années.

Elle pouvait encore refermer la brèche.

Mais il fallait détruire le cœur de la machine depuis l'intérieur du vortex temporel. Elle n'aurait qu'une seule chance et aucun moyen de savoir si elle survivrait.

Une silhouette apparut à l'entrée du laboratoire.

Son double.

Ou ce qu'il en restait.

Sa peau était devenue grise, et des fissures lumineuses parcouraient son visage.

- Ne fais pas ça, murmura-t-il. J'ai essayé des milliers de fois. Nous sommes condamnés.

Léa sentit la peur l'envahir. Une partie d'elle voulait fuir, abandonner, se cacher jusqu'à ce que tout s'arrête.

Mais elle pensa aux gens qui n'avaient jamais eu la possibilité de choisir. Aux enfants qui grandiraient dans ce monde de cendres. À tous ceux qui n'avaient même pas compris ce qui leur arrivait.

Elle regarda son double.

- Peut-être que tu as essayé des milliers de fois. Mais moi, c'est la première.

Elle activa le compte à rebours et entra dans l'anneau lumineux.

Le monde se déchira.

Un tourbillon de lumière bleue et rouge spirale autour d'une sphère noire.
Au centre du vortex, une sphère noire qui battait comme un cœur.

Des images défilèrent autour d'elle : des villes englouties, des océans noirs, des visages hurlant dans le vide. Les créatures apparurent par centaines, suspendues dans l'espace comme des insectes pris dans une toile.

Au centre du vortex, Léa aperçut une sphère noire qui battait comme un cœur.

Elle tendit la main vers le mécanisme de sécurité.

Une voix, semblable à la sienne, résonna dans sa tête :

- Si tu détruis cela, tu oublieras tout.

Elle hésita une dernière seconde.

Puis elle appuya.

Une lumière immense explosa dans le vortex.

Les créatures poussèrent un cri collectif, si puissant que Léa crut sentir son âme se briser. Les lignes temporelles se refermèrent les unes après les autres. Le ciel rouge disparut. Les bâtiments se reconstruisirent dans un grondement assourdissant.

Et soudain, il n'y eut plus rien.

Page 5Un nouveau départ

Léa se réveilla sur le sol froid de son laboratoire.

Le silence était total.

La machine avait disparu. À sa place ne restaient que quelques morceaux de métal noirci et des câbles fondus.

Elle se redressa, tremblante, puis consulta son téléphone.

12 août 2012. 00 h 03.

Elle avait réussi.

Par la fenêtre, la ville dormait sous un ciel étoilé. Aucune sirène ne hurlait. Aucun incendie ne ravageait les rues. Les gens continuaient leur vie sans savoir qu'ils avaient frôlé l'anéantissement.

Léa se mit à pleurer.

Elle ne se souvenait pas de tout. Les événements qu'elle avait vécus lui apparaissaient comme des fragments de cauchemar : des silhouettes dans la fumée, des villes détruites, une voix familière qui lui ordonnait de courir.

Mais elle savait que quelque chose avait changé.

Les jours passèrent. Puis les semaines.

Léa abandonna ses recherches sur le voyage temporel. Elle consacra son intelligence à des projets plus modestes : des systèmes d'alerte climatique, des technologies propres et des dispositifs capables de protéger les populations contre les catastrophes naturelles.

Elle ne pouvait pas réparer toutes les erreurs de l'humanité.

Mais elle pouvait contribuer à éviter les prochaines.

Un soir, alors qu'elle quittait son laboratoire, elle remarqua une petite enveloppe glissée sous sa porte.

Aucun nom. Aucune adresse.

À l'intérieur se trouvait une photographie.

On y voyait Léa, debout devant un coucher de soleil, au milieu d'une ville en ruines. À côté d'elle se tenait son double, celui qu'elle avait rencontré dans le futur.

Au dos, une phrase était écrite à l'encre noire :

Touchez la photographie pour la retourner.

« Merci d'avoir choisi de vivre. »

Léa retourna la photographie. Une date était inscrite dans un coin : le 12 août 2042.

Elle sentit un frisson lui parcourir l'échine.

Son double avait-il survécu ? Une autre réalité existait-elle encore ? Ou cette photographie n'était-elle que le dernier vestige d'un monde effacé ?

Elle ne le saurait peut-être jamais.

Elle leva les yeux vers le ciel. L'horizon s'embrasait de teintes orangées, et les premières étoiles apparaissaient au-dessus des toits.

Pour la première fois depuis longtemps, elle sourit.

Le futur n'était plus une prison. Il était une promesse.

Et même si le passé conservait ses secrets, elle avait compris une chose essentielle : il ne fallait pas détruire hier pour sauver demain. Il fallait avoir le courage de construire un monde différent aujourd'hui.

Léa glissa la photographie dans sa poche et s'éloigna dans la lumière du soir.

Derrière elle, dans les profondeurs du laboratoire abandonné, un minuscule voyant bleu clignota une fois.

Puis s'éteignit.

Fin.