Nouvelles immersives
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Fantastique · Horreur immersive

La Peur

5 pages, environ 4 minutes de lecture.

Création originale : inspirée de Guy de Maupassant, La Peur. Personnage principal : Gabriel.

« La vraie peur commence lorsque ce qui vous poursuit connaît le chemin avant vous. »

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Page 1Ce qu’est la peur

Gabriel avait connu la guerre, les tempêtes et les duels. Il disait pourtant n’avoir éprouvé la peur qu’une seule fois, dans un désert où des hommes avaient entendu un tambour battre sous le sable. Des années plus tard, lors d’une traversée nocturne en Normandie, il reconnut le même rythme dans le brouillard.

Son cocher refusa d’avancer. Une lueur vacillait près d’une maison de garde forestier. Gabriel frappa. À l’intérieur, une famille entière veillait, fusil chargé, autour d’un vieil homme qui répétait que quelqu’un viendrait cette nuit. Un chien énorme grognait vers la fenêtre sans jamais détourner les yeux.

Le garde expliqua qu’un braconnier avait été tué exactement un an plus tôt. Depuis trois nuits, des pas tournaient autour de la maison. Ils s’arrêtaient toujours devant la porte à la même heure. Gabriel sourit encore, mais il remarqua que ses bottes étaient couvertes d’une boue rouge qu’il n’avait traversée nulle part.

Illustration immersive : Ce qu’est la peur.
Illustration : Ce qu’est la peur.

Page 2La maison du garde

À onze heures, les pas commencèrent. Lents. Un tour complet autour de la maison, puis un autre. Le chien se mit à trembler. Chaque fois que la silhouette passait devant une fenêtre, le brouillard s’épaississait contre le verre comme un visage sans traits.

Gabriel ouvrit brusquement la porte. Personne. Sur le seuil, pourtant, des empreintes de bottes partaient vers la forêt. Elles étaient exactement de sa pointure. Le garde le supplia de ne pas les suivre. Gabriel prit une lanterne et sortit, davantage irrité qu’effrayé.

Les traces le conduisirent à un arbre marqué d’une entaille fraîche. Il se souvenait parfaitement de cet arbre : il l’avait vu des années plus tôt dans le désert, mort et sec au milieu du sable. Lorsqu’il posa la main sur l’écorce, il entendit sous terre le tambour de son ancienne peur.

Page 3Les pas dans la brume

Le brouillard traversa la lumière de la lanterne en longues nappes. Des pas marchaient derrière Gabriel, mais s’arrêtaient lorsqu’il se retournait. Puis une seconde série de pas apparut devant lui. Quelque chose avançait donc à la fois derrière et devant.

Il atteignit une clairière où se dressait une petite maison identique à celle du garde. Par la fenêtre, il vit la famille réunie autour du feu : et se vit lui-même assis parmi eux. Son double leva lentement les yeux et posa un doigt sur ses lèvres. À cet instant, un coup de fusil retentit dans la vraie maison, loin derrière.

Gabriel courut. Le chemin se repliait sur lui-même. Chaque arbre portait la même entaille. Chaque détour le ramenait à la clairière. Enfin une voix sortit du brouillard : « Tu racontes toujours la première fois. Tu as oublié la seconde. » Et Gabriel se souvint d’un homme abandonné dans le désert pour sauver le reste de l’expédition.

Illustration immersive : Les pas dans la brume.
Illustration : Les pas dans la brume.

Page 4La route qui revient

L’homme s’appelait Samuel. Gabriel avait juré de revenir. Il n’était jamais revenu. Le tambour sous le sable n’était pas un phénomène inexplicable : c’était Samuel frappant une gourde vide pour guider ses compagnons. Gabriel avait transformé sa culpabilité en légende de peur jusqu’à oublier le visage de celui qu’il avait laissé mourir.

Dans la brume, Samuel apparut, couvert à la fois de sable et de boue normande. Il ne demanda ni pardon ni vengeance. Il tendit simplement la main et dit : « Maintenant, ramène-moi. » Gabriel la saisit. Le froid remonta jusqu’à son épaule. La forêt entière sembla basculer.

Il se retrouva devant la maison du garde. La porte était ouverte. À l’intérieur, la famille pleurait : le chien avait été abattu d’un coup de fusil tiré par personne. Sur le sol, une seconde série d’empreintes entrait dans la maison à côté de celles de Gabriel. Aucune ne ressortait.

Page 5Le passager

À l’aube, Gabriel repartit seul. Le cocher avait disparu ; la voiture l’attendait pourtant, attelée. Sur la banquette, une place était humide de brouillard. Gabriel prit les rênes. À chaque borne, il apercevait dans le fossé un homme marchant au même rythme que le cheval.

Il atteignit enfin une auberge et demanda la date. L’aubergiste pâlit : la nuit qu’il croyait avoir passée avait duré trois jours. Plus étrange encore, un voyageur était arrivé la veille sous son nom, avait loué une chambre et laissé un message : Je suis revenu le chercher.

Gabriel monta. Dans la chambre, il trouva ses propres vêtements couverts de sable du désert. Le miroir était opaque de buée. Il l’essuya. Samuel se tenait derrière lui : mais dans le reflet seulement. Gabriel se retourna : personne. Quand il regarda de nouveau la glace, son propre reflet avait disparu. Depuis cette nuit, Gabriel ne raconte plus ce qu’est la peur. Ceux qui l’ont croisé disent seulement qu’il voyage toujours avec une place vide à côté de lui.

Et que, dans le brouillard, deux ombres descendent de sa voiture.

Illustration immersive : Le passager.
Illustration : Le passager.