Nouvelles immersives
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Fantastique · Horreur immersive

Apparition

5 pages, environ 4 minutes de lecture.

Création originale : inspirée de Guy de Maupassant, Apparition. Personnage principal : Adrien.

« Elle ne voulait pas sortir de la maison. Elle voulait qu’Adrien y entre. »

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Page 1La commission

Adrien de Varennes retrouva par hasard un ancien compagnon d’armes, le marquis de La Tour-Samuel, devenu un homme gris et nerveux. Celui-ci lui demanda un service : entrer dans son vieux château inhabité et récupérer, dans une chambre condamnée, un paquet de lettres. Il refusa d’expliquer pourquoi aucun domestique n’acceptait d’y retourner.

Le château se dressait au bout d’une allée noyée de brouillard. Le gardien remit à Adrien une clé sans le regarder. « Si une femme vous demande de la coiffer, monsieur, ne touchez pas à ses cheveux. » Adrien crut à une plaisanterie. Pourtant, sur la vitre poussiéreuse du vestibule, cinq longs cheveux blonds étaient collés à l’intérieur, comme si quelqu’un venait d’y poser la tête.

La chambre indiquée sentait la rose fanée et la cire froide. Les volets étaient clos. Adrien trouva le secrétaire, mais le paquet de lettres portait son propre nom, écrit d’une encre ancienne : À remettre à Adrien de Varennes, lorsqu’il reviendra.

Illustration immersive : La commission.
Illustration : La commission.

Page 2Les cheveux sur la vitre

La première lettre avait été écrite vingt-deux ans avant sa naissance. Une femme nommée Hélène y racontait qu’elle rêvait chaque nuit d’un officier qu’elle ne connaissait pas encore. Elle décrivait Adrien avec une précision impossible, jusqu’à la cicatrice cachée sous son col. La dernière phrase était inachevée : Quand il viendra, je serai derrière…

Un bruit de peigne glissa dans la pièce voisine. Adrien ouvrit la porte : il n’y avait qu’un miroir voilé et un fauteuil tourné vers le mur. Dans la glace, pourtant, une femme était assise. Très grande, vêtue de blanc, elle peignait une chevelure qui tombait jusqu’au sol. Lorsqu’Adrien se retourna, le fauteuil était vide.

Il recula vers le corridor. Les bougies du château s’allumèrent l’une après l’autre sans main pour les toucher. Une voix murmura son prénom à travers chaque porte. Puis le brouillard commença à entrer sous les fenêtres fermées, dessinant des doigts autour de ses bottes.

Page 3La femme blanche

La femme apparut enfin devant lui. Son visage était pâle mais vivant, ses yeux d’un noir humide. Elle lui tendit un peigne d’ivoire et demanda doucement : « Aidez-moi. Ils m’ont laissée ainsi. » Adrien se souvint de l’avertissement du gardien, mais la tristesse de cette voix vainquit sa prudence. Il prit une mèche.

Les cheveux étaient glacés et pourtant ils frémissaient comme des nerfs. À chaque passage du peigne, Adrien vit une scène qui n’était pas la sienne : Hélène enfermée dans cette chambre par un mari jaloux ; le marquis plus jeune cachant des lettres ; une lutte ; une chute ; puis un mur maçonné à la hâte. Le dernier souvenir montrait Hélène encore consciente derrière les briques.

Adrien lâcha le peigne. La femme se retourna. Son visage se dédoubla un instant : beauté intacte et crâne desséché superposés. « Il a pris mon corps, dit-elle. Il n’a pas pris mon attente. » Derrière le miroir, quelque chose gratta trois fois.

Illustration immersive : La femme blanche.
Illustration : La femme blanche.

Page 4La seconde chambre

Adrien brisa la glace. Il s’attendait à trouver un mur ; il découvrit une seconde chambre, identique à la première mais intacte, éclairée par une lumière de matin. Sur le lit dormait un homme qui lui ressemblait. À son chevet, Hélène écrivait les lettres qu’il venait de lire.

Le double se réveilla et supplia Adrien de ne pas franchir le seuil. « Chaque homme qui entre devient celui qu’elle attend. » Adrien voulut reculer, mais le couloir derrière lui avait disparu. Hélène posa sa main sur sa joue. Toutes les bougies vacillèrent. Il sentit des années étrangères envahir sa mémoire : un mariage qu’il n’avait pas vécu, une jalousie qui n’était pas la sienne, puis la terreur d’un meurtre.

Il comprit que le marquis ne l’avait pas envoyé chercher des lettres. Il l’avait envoyé prendre sa place dans le souvenir. Adrien força la porte, traversa le brouillard et s’enfuit du château avant l’aube, emportant une seule lettre comme preuve.

Page 5Le portrait absent

À Paris, le marquis était mort pendant la nuit. Dans sa main, on trouva une longue mèche blonde nouée autour d’une clé. Adrien brûla la lettre sans la lire. Pendant plusieurs semaines, il se crut délivré. Puis ses cheveux commencèrent à blanchir, mèche après mèche, toujours du côté où Hélène l’avait touché.

Un matin, il reçut un portrait ancien acheté par un brocanteur. Il représentait Hélène dans la chambre du château. À côté d’elle se tenait un homme dont le visage avait été soigneusement gratté. Sous certaines lumières, pourtant, Adrien distinguait ses propres traits sous les rayures.

Cette nuit-là, il entendit un peigne glisser derrière son miroir. Il le décrocha. Il n’y avait pas de mur, seulement la chambre du château et Hélène qui l’attendait. Sur la table reposait une lettre fraîchement écrite : À remettre au prochain Adrien de Varennes. Lorsqu’il releva les yeux, son appartement avait disparu.

Au matin, sa concierge ne trouva qu’un miroir couvert de buée : et, sur la vitre, l’empreinte de deux personnes se tenant par la main.

Illustration immersive : Le portrait absent.
Illustration : Le portrait absent.